Combler le fossé entre les rêves et la réalité : un appel à un leadership éthique au Congo

J'ai grandi en R.D.Congo et mes rêves d'une vie meilleure ont été façonnés par des aperçus fugaces de ce qui pourrait être. Dans les films américains, je voyais constamment des écoles équipées de laboratoires rutilants avec des élèves effectuant des expériences pratiques. Ma réalité au Congo n'aurait pas pu être plus différente. Les expériences de chimie se limitaient aux pages des manuels et à mon imagination. Les enseignants, frustrés et sous-payés, faisaient souvent grève, nous condamnant à rester à la maison pendant des mois. J'ai passé deux ans en Tanzanie. Les routes étaient lisses et fiables, contrairement aux routes criblées de nids de poule de ma ville. La guerre est une histoire lointaine confinée aux chaînes d'informations. Pourtant, chez moi la guerre a toujours été à une ville de distance. Ces réalités étrangères suscitent en moi de grandes attentes envers mon pays. Pourtant, l'écart entre ce qui est et ce qui pourrait  être est incommensurable. 

Cet essai n'a pas pour but de perpétuer le blâme si souvent imputé aux hommes politiques dans les colonnes des journaux. Il s'agit plutôt d'un appel aux dirigeants à réfléchir sur l'ampleur de leurs responsabilités envers les familles congolaises. 

Les hommes politiques sont ceux qui se situent entre les attentes et la réalité. Car le telos du gouvernement - le but même de la politique – devrait être d'améliorer le niveau de vie des citoyens. Du moins, c'est ainsi que je vois la politique : comme une force qui transforme les aspirations collectives en progrès tangibles, un outil qui comble le fossé entre les rêves et le désespoir. 

Chaque politicien congolais devrait garder à l'esprit que chaque dollar détourné par la corruption contribue à la pauvreté des 60 millions de Congolais qui vivent avec moins de 1,90 dollar par jour. Chaque route qu'ils ne construisent pas les rend responsables des milliers de personnes qui meurent dans des accidents sur ces routes et de celles qui meurent de faim parce que l'état des routes empêche la nourriture et les ressources de leur parvenir. 

Pour chaque effort non investi dans la résolution de la guerre à l'Est, ils sont responsables des 7,2 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays, des 1,1 million de réfugiés internationaux et des 48 femmes violées chaque heure. Chaque négligence d'améliorer l'accès à la nourriture alourdit le statistique déjà pesant des 43 % d'enfants congolais souffrant de malnutrition. Chaque échec à remédier aux lacunes du système éducatif augmente les 43 % d'élèves Congolais qui n'obtiennent qu'une éducation primaire. 

Vos décisions façonnent la vie d'une grande partie de la population qui n'a pas accès à des services essentiels comme l'électricité et l'eau potable. Pour chaque contrat inégal signé avec des compagnies minières-leur accordant des droits miniers étendus avec des avantages minimes pour le pays, tels que de faibles redevances, des exonérations fiscales et peu d'obligations d'investissement local ou de création  d'emplois-vous condamnez les jeunes au chômage, les enfants au travail dans les mines et les villages à la destruction, la déforestation avec des eaux polluées. 

Votre responsabilité ne se limite pas à garantir la sécurité financière de vos propres familles. Ce n'est pas seulement de donner des maisons de luxe, des voitures dernier cri à vos proches, d'envoyer vos enfants dans des universités de prestige ou de vous faire soigner dans des hôpitaux occidentaux. Vos responsabilités s'étendent également envers les millions de familles congolaises. De la même manière que vos propres familles vous regardent avec expectative, les familles congolaises vous toisent avec faim, peur, douleur, souffrance, grief, dépression, désespoir. Elles espèrent que vous, politiciens, pourvoyez à leurs besoins. Les Congolais n'ont que vous. Alors, agissez. 

La responsabilité qui vous incombe est immense, mais le potentiel de changement l'est tout autant. Choisissez le progrès plutôt que la stagnation. Choisissez le service plutôt que l'intérêt personnel. Vos décisions d'aujourd'hui peuvent soit perpétuer le cycle de la souffrance, soit transformer le Congo en un havre d'espoir et de progrès. 

Le choix vous appartient.

M.M.P.

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