« Touche pas à ma constitution » : mauvais cri de ralliement ?
Un mauvais diagnostic conduit forcément à une mauvaise prescription. Pendant que tout un peuple est sacrifié et massacré au vu et au su du monde, quel intérêt y a-t-il à faire des demandes réformistes, opportunistes et sans stratégie future ? L’heure est d’ouvrir nos yeux et de prendre des vraies actions révolutionnaires.
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Quand on analyse les problèmes de l’Afrique, il est impératif d’examiner les maux qui touche le cœur même de l’Afrique. À cheval sur l’équateur, la République démocratique du Congo couvre la partie la plus riche, la plus irriguée et la plus forestière du continent de l’Alkebulan. Mais comme le Prix Nobel de la Paix 2018, Dénis Mukwege l’a si bien dit, cette partie renferme aussi l’une des populations les plus pauvres du continent. Ce paradoxe devrait choquer même le plus réformiste des Africains, car comment explique qu’un pays qui possède plus de 70% des réserves mondiales des minerais stratégiques tels que le Cobalt et de Coltan, a 70% de sa population vivant avec moins de 2$ la journée ? Surtout, lorsque les dit-minéraux stratégiques sont indispensables au fonctionnement de toute technologie qui existe sur cette Terre digitalisée et au-delà. Des ordinateurs portables, aux satellites de télécommunications, passant par les équipements militaires de téléguidage et les appareils médicales, toutes ces technologies dépendent des ressources du Congo.
L’unique réponse à ce paradoxe est bien évidemment le couple impérialisme-néocolonialisme. D’une part, nous avons des capitalistes internationaux qui s’enrichissement des exploitations illicites du Congo. Ces capitalistes et les États qui les soutiennent financent et arment divers acteurs pour déstabiliser le Congo. D’autre part, il y a une classe pseudo-capitaliste remplie d’agents locaux et d’individus prêts à vendre l’avenir de tout un peuple pour leurs intérêts personnels. Ces néo-colonialistes, à la tête desquels se trouve le président illégitime et incompétent Félix Tshisekedi, vivent dans le luxe au milieu d’un peuple appauvri et affamé.1
Comprendre comment ce couple impérialisme-néocolonialisme opère est un prérequis pour comprendre ce qui se passe au Congo et ce que vivent les Congolais. En effet depuis leur union, lors du péché originel qui a conduit à l’assassinat du martyr panafricain Patrice Lumumba, ce couple n’a pas lésiné sur les moyens pour maintenir ce cancer qui empêche à l’Afrique tout entier de se mouvoir et de prospérer. Le résultat est qu’à ce jour, aucune province de la RDC n’est épargnée par des conflits armés, paralysant tous les secteurs de la vie des Congolais.2
Là encore d’aucuns verraient la contradiction des discours de paix de l’impérialisme, car il n’y a pas moins de 7 forces armées étrangères opérant dans le pays sous prétexte d’œuvrer pour le rétablissement de la paix, sans aucun résultat apparent.3 La présence de l’armée terroriste Ougandaise est l’exemple clair de cette contradiction. Cette force militaire ayant une histoire génocidaire au Congo n’a pas hésité de soutenir publiquement les rebelles du M23, tout en menant de soi-disant opérations de contre-terrorisme avec l’armée congolaise. Il faut dire que l’ambivalent régime de Tshisekedi ne manque pas d’audace, alors que le nombre de Congolais décapités par les terroristes des ADF qu’ils sont sensés combattre ne cesse d’augmenter chaque semaine.
Les situations sécuritaire et humanitaire ne sont pas les seules difficultés que rencontrent les Congolais. Le secteur éducationnel est en décadence avec des enseignants et professeurs sous-payés, en contraste avec les politiciens qui gagnent plus de 21000$ le mois.4 Les prix des denrées alimentaires sont astronomiques au point que certains congolais vivant dans la partie Nord du pays ont commencé à utiliser des monnaies étrangères comme le Franc CFA pour faire les achats. Que dire du secteur de la santé ? Une maladie inconnue a récemment décimé des centaines de Congolais, pendant que la variole du singe et le choléra restent une épée de Damoclès pour les nombreux déplacés vivant dans les situations horribles.
Une mauvaise analyse conduirait très vite certains réactionnaires à blâmer tous les congolais pour leurs malheurs. On demanderait à ces Nègres au cœur de Blanc d’expliquer en quoi un peuple ayant plus de 7 millions de déplacés internes, essayant de survivre entre éboulement, inondations et pluie d’obus, en quoi ce peuple qui fait de son mieux pour persister peut-être les seuls responsables de ces atrocités.
Mais, diront-il, qu’en est-il de ces politiciens, ne sont-ils pas « Congolais de père et de mère » comme ils ne cessent de le venter ? Oui, mais dans la situation actuelle, il est plus approprié de les considérer tous comme Traître à la nation, en commençant par le vendu à la tête du pays. Car cet individu, bien conscient des problèmes persistant des Congolais, en particulier dans le domaine sécuritaire, ne s’est pas gêné de lancer un projet sans tête ni queue de changement de la constitution.
Il y a énormément à dire sur cette farce et du sérieux danger que cela représente pour le Congo et pour l’Afrique en général. Mais, pour écourter la conversation, concentrons-nous sur l’aspect le plus important pour tout panafricain qui se respecte et qui connaît l’histoire de son peuple. Tshisekedi et ses partisans (communément appelés « Talibans » ou « Fatshigans ») disent vouloir changer la constitution à cause de l’article 217 qui affirme que la RDC « peut conclure des traités ou des accords d’association ou de communauté comportant un abandon partiel de souveraineté en vue de promouvoir l’unité africaine ». Selon leur analyse erronée, cet article serait à la base des conflits sécuritaires en RDC et constituerait une menace à la souveraineté du Pays. Comprenons d’abord que ceux qui portent cet argument ont permis à plus de 7 forces armées étrangères d’opérer librement au pays, sans l’accord de la Population. La souveraineté du pays est la dernière de leur souci. Ce qu’il faut voir là c’est une attaque directe au panafricanisme, car cet article, inspiré de la première constitution du Ghana de Nkrumah, est sensé offrir une voie légale à l’unification de l’Afrique. Changer ou éliminer cet article 217 compliquerait toute transition pacifique et légale du Congo vers l’unité Africaine.5
Une question se pose alors, pourquoi le régime de Tshisekedi décideraient-ils d’attaquer cet article ainsi que toute la constitution alors que le peuple Africain assiste au retour en force du panafricanisme anti-impérialiste incarné par les révolutions dans l’Alliance des États du Sahel ? Devrait-on penser que le couple impérialisme-néocolonialisme ne fait que prendre une position défensive ? Ce qui est sûr est que les Fatshigans veulent détourner l’attention et l’énergie des Congolais de la lutte contre la kleptocratie toxique qui ronge les institutions de la république. Les Congolais conscients doivent être prudents et ne pas perdre de vue le vrai combat et le vrai ennemi.
Malheureusement, la soi-disant opposition ainsi que la société civile ont mordu à l’hameçon. Cette opposition, majoritairement constituée d’une petite bourgeoisie et des élites qui n’arrivent même pas à se mettre d’accord pour faire face au régime de Tshisekedi s’est soudainement réveillée. Pourtant cette opposition n’a rien de révolutionnaire. D’un côté, elle s’enfouit dans le lobbysme, versant de milliers de dollars pour obtenir les faveurs de ces mêmes Impérialistes Américains qui nous oppressent. D’un autre côté, cette opposition savoure son luxe, sur des terres acquises dans le vol, faisant des accords économiques avec les capitalistes qu’elle est sensée rejeter. D’un autre côté, cette opposition idéaliste fait appel à la moralité d’une communauté internationale qui est en fait juste un club de 7 pays terroristes avec tout sauf une moralité.6 N’importe qui peut voir que cette opposition départ de mauvaises bases, surtout si chacun de ses membres reste attaché à aux intérêts personnels.
A cause cette nature réactionnaire, l’opposition congolaise est incapable de mener à bien et au bout la lutte pour la libération de la RDC contre le couple impérialisme-néocolonialisme
Toutefois, malgré ces faiblesses, cette opposition a une force positive mobilisatrice qui, bien organisée, serait décisive pour le changement dont le Congo a besoin. Pour le moment, cette force mobilisatrice est mise au service de l’opportunisme de cette opposition. Ainsi donc, fidèle en sa nature réactionnaire (tous les sens du terme), cette opposition n’a attendu que le lancement officiel de cette folie de changement de constitution pour s’unir et mobiliser la population. Le cri de ralliement se limite au changement de la constitution, oubliant totalement que lorsqu’une unité est lancée par des facteurs externes, elle est condamnée à dépendre du maintien de ces facteurs. En d’autres termes, il suffirait à Tshisekedi de changer d’idée pour que cette unité soit réduite en miette. Et comme l’historique d’incompétence et d’ambivalence du président le démontre, il est très probable qu’il ne tienne pas cette nouvelle promesse.7
Cette fragilité de l’opposition congolaise est un enseignement sur la différence entre la mobilisation et l’organisation comme stratégie de lutte contre le couple impérialisme-néocolonialisme. La première rassemble les gens contre un ennemi commun, tandis que le deuxième les réunit pour un objectif commun. En effet, durant une mobilisation, comme celle lancée par l’opportunisme de l’opposition congolaise en connivence avec les forces civiles et pacifiques, tout le monde est contre le changement de la constitution, mais personne, à part les politiciens, n’a une vision de ce que les congolais devraient faire si oui ou non le régime en place poursuit son cours. Le risque que court cette mobilisation est que si une des personnes actives est arrêtée ou achetée (par la corruption), la masse populaire rassemblée sera vouée à elle-même, ce qui sera avantageux pour les ennemis de l’Afrique (le couple impérialisme-néocolonialisme et leurs agents).8
Au contraire, avec une organisation, la masse populaire a un objectif clair et précis (la libération totale du congo), ce qui la permettra de ne pas être bernée par l’ambivalence et les fausses promesses du régime de Tshisekedi. De plus, la masse populaire organisée et disciplinée saura qu’il y a plusieurs tactiques pour atteindre cet objectif, et donc si une marche n’est pas efficace, peut-être une ville-morte le sera, et ainsi de suite. Par ailleurs, lorsque la masse populaire est organisée, elle reconnaîtra clairement que le centre de l’action ne doit pas être le changement de la constitution mais la demande de la démission immédiate de tous les politiciens et membres du gouvernement congolais, ainsi que la restauration de la souveraine, de la dignité et du pouvoir au Peuple.
Il est temps que les congolais soient proprement organisés, car cela les protègera aussi de la répression du régime de Tshisekedi. Ce régime sanguinaire gonfle ses prisons de compatriotes qui ont eu le courage de hausser la voix contre les injustices et conditions atroces que vivent les congolais. Ces prisonniers politiques sont régulièrement torturés et traités comme des animaux, pendant que les Fatshigans obtiennent un siège au conseil des Nations Unis des Droits de l’homme, l’ironie. Seule une organisation sérieuse des congolais pourra mettre un terme aux souffrances que le couple impérialisme-néocolonialisme inflige au cœur de l’Afrique.
Pour une organisation effective, la masse populaire congolaise doit être politisée, consciente et révolutionnaire. Cet éveil de conscience est acquis d’une part à travers la lutte et le vécu des Congolais, mais aussi à travers une éducation politique et révolutionnaire approfondie. Frantz Fanon avait dit qu’une fois politisée, cette masse populaire se meut plus rapidement et plus effectivement que la foule hétéroclite des politiciens.9
L’éducation politique et révolutionnaire de la masse populaire congolaise la dotera d’une analyse de la dialectique pour comprendre l’ennemi public numéro un des Congolais et de l’Afrique (le couple Impérialisme-Néocolonialisme).10 En effet, une étude des contradictions présentes dans la société congolaise, et une caractérisation sans ambiguïté des contradictions principales permettre de rassembler les forces positives pour renverser celles négatives. Par exemple, une fois politisée, la masse populaire congolaise pourra utiliser les forces positives contenues dans l’Église catholique et protestante, dans la diaspora, et même dans les groupes militants. Bien évidemment, c’est l’organisation qui offre le cadre et la structure pour cette éducation politique et révolutionnaire. En plus de cela, l’organisation permettra une internationalisation des actions de la masse populaire congolaise. En effet, la libération du Congo est centrale au Panafricanisme, comme Lumumba, Nkrumah, Malcolm X et Fanon l’ont affirmé un demi-siècle plus tôt.
Le cri de ralliement à lancer au peuple Congolais en ce moment est donc « Organisez-nous, organisez-nous, pour la libération de notre pays et pour la révolution populaire et panafricaine ». C’est uniquement dans ce cadre que l’on pourra défaire les forces qui n’ont d’autres raisons d’être que l’exploitation, la corruption et la destruction de notre peuple et notre Terre. Rejoignez une organisation révolutionnaire, et s’il n’y en a pas autour de vous, créez-en une, mais dans tous les cas, organisez-vous.11 Cela se traduira localement en combinant les forces et mouvements de résistance locaux (groupe des jeunes, associations des femmes, travailleurs, syndicalistes, etc.), et dans la diaspora en ravivant les forces panafricaines et anti-impérialistes.
Nous savons que la lutte révolutionnaire sera longue et tortueuse, mais organisés, nous sommes engagés jusqu’au bout et jusqu’à la victoire.
B. S. Ph.
Note de l’éditeur :
L’auteur de cet article qui est membre actif du MRLA assume pleinement tous les arguments et les pensées exprimés dans cet article. Amoureux du Congo et de l’Afrique, il a trouvé nécessaire de ne pas masquer ses mots pour présenter clairement et sobrement les injustices que subissent les Congolais. L’auteur reconnaît avoir été inspiré par le travail des nombreux journalistes militants Congolais en exile.
Notes de l’auteur :
1. En effet, le président Felix Tshisekedi n’a pas de diplôme universitaire ni d’expérience professionnel officiel connue. Cette incompétence a largement couté la vie à de nombreux congolais, dont la majorité a été contrainte soit à vivre dans des camps de déplacés soit à migrer vers l’étranger.
2. Quand il ne s’agit pas d’un groupe rebel et proxy étranger, on retrouve des congolais insatisfaits réveillant des problèmes claniques ou tribales, en plus d’une armée déstructurée et affamée au comportement de mercenaire.
3. Ces quelques armées étrangères sont : la MONUSCO (dont le mandat est imposé au Peuple Congolais qui n’a pas cessé de manifester contre l’inefficacité de la mission des Nations Unies la plus financée), les forces de la SADC (regroupant principalement des troupes Sud-Africaines, Malawi et Tanzaniennes, dont les actions restent inconnues), l’UPDF de l’Ouganda, des mercenaires roumains (au salaire insultant), les troupes Burundaises (menant leurs propres opérations militaires) et les RDF du Rwanda (qui soutiennent les rebelles du M23 en logistique et en appuie)
4. Pour raison de simplicité, nous avons juste mentionner le salaire officiel des députés, sans prendre en considération les autres primes qu’ils reçoivent.
5. Il est intéressant de noter que l’article 217 ne fait que mention d’abandon « partielle » alors que des États plus progressifs à l’histoire panafricaine incontestable comme le Mali, le Burkina Faso et Niger, parle d’abandon « totale de la souveraineté » en vue de la réalisation de l’unité Africaine.
6. Nous nous sommes attardés sur les figures les plus vocales et connues de l’opposition congolaise. Nous sommes bien conscients que les braves qui sont emprisonnés ou exilés sont aussi membre de l’opposition, mais le fait est qu’un bon nombre d’entre eux restent opportunistes et réactionnaires. Nous sommes particulièrement sevères avec les principales figures de l’opposition car nous savons bien leur responsabilité en tant que patriotes.
7. Tshisekedi avait dit qu’à la moindre escarmouche, il ferait la guerre au Rwanda. Mais depuis, des bombes venant des rebelles soutenus par le Rwanda ont massacré des déplaces, et plusieurs localités sont tombées entre les mains du M23-RDF. Dans l’entretemps, Tshisekedi, sécurisé par des mercenaires Blancs payés comme des rois, n’a cessé de multiplier des promesses et de contre-promesses.
8. Nous n’entendons pas par-là que la masse populaire est aveugle et sans pensée, car nous reconnaissons que tout Congolais a le potentiel d’un leader révolutionnaire.
9. Dans Les Damnés de la Terre, Frantz Fanon explique le potentiel de la masse populaire dans la lutte révolutionnaire et le risque que pose l’ascension au pouvoir de la petite bourgeoisie nationale.
10. La science du matérialisme dialectique élaborée par Karl Marx et Friedrich Engels, approfondie par V.I. Lénine, sophistiquée par Mao Zedong et solidifiée par Kwame Nkrumah, est la méthode révolutionnaire pour résoudre les tensions du système capitaliste sous toutes ses formes (impérialistes, néocolonialistes, etc.). Le Chemin du Socialisme du Président Sékou Toure offre une introduction basique à ce concept.
11. Rejoignez notre organisation, le Mouvement Révolutionnaire pour la Libération de l’Alkebulan, en remplissant notre formulaire d’adhésion ou en nous contactant (mayionarevolution@gmail.com sur E-mail ou @mayionarevolution sur Instagram)